A House for Plants

Andreas Greiner

Dans une instruction commune créée avec l’architecte Takafumi Tsukamoto, Andreas Greiner nous rend attentif à l’air que l’on respire et à sa provenance. Pointant indirectement le mécanisme de la photosynthèse, il met en avant la (co-)dépendance entre l’homme et les végétaux et invite littéralement à construire une maison pour un arbre.

Le duo a préparé une instruction accessible en scannant le QR-code de l’affiche. Sur le mode d’emploi, des lignes tracées sur le support indiquent comment construire un pot en papier pour accueillir une graine en suivant la technique traditionnelle de l’origami. Les participant.e.s sont ensuite invité.e.s à enfouir la construction dans la terre, tout en laissant dépasser les bouts du pliage. La partie visible de l’origami, tout comme son précieux contenu végétal, deviennent alors une sculpture vivante. En considérant les personnes et les plantes comme des œuvres d’art vivantes, Greiner et Tsukamoto inventent un dénominateur commun pour rapprocher les concepts de nature et de culture.

Télécharger le manuel du pot origami


Réponse d'un scientifique à l'instruction A House for Plants de Andreas Greiner :


Cher Andreas Greiner,

Votre instruction nous amène au fondement relationnel de l’écologie. Celle-ci nous invite en effet à considérer le monde vivant comme un gigantesque réseau d’interactions entre organismes. On aurait tendance à l’oublier, mais nous autres Homo Sapiens en faisons aussi partie. Notre présence sur Terre dépend d’interactions de différents types avec de nombreuses autres espèces, dont les plantes. La photosynthèse est probablement le “service” le plus emblématique et essentiel que les plantes nous rendent. Et c’est loin d’être le seul : régulation du cycle de l’eau, réduction des îlots de chaleur, dépollution de l’air, source de nourriture, etc.

Dans notre parcours évolutif, nous avons aussi développé des relations privilégiées avec certaines espèces végétales (et animales), que nous appelons domestication. D’abord dans notre alimentation, en cueillant puis en cultivant progressivement des plantes sélectionnées pour leur richesse en nutriments ou d’autres propriétés. On peut aussi citer l’utilisation du bois de différentes essences d’arbres pour construire des maisons, des outils, ou encore des bateaux ; mais aussi l’utilisation du lin ou du coton pour fabriquer des vêtements, ou de plantes médicinales pour nous soigner. Et la liste pourrait être encore longue !

On considère souvent à tort que la domestication est un processus unidirectionnel, voulu et maîtrisé par l’humain à l’insu de l’espèce domestiquée. La réalité est plus complexe. En étudiant l’évolution parallèle de l’agriculture et de l’architecture, le philosophe et historien de l’environnement Sébastien Marot considère différemment les rapports de domestication entre humains, plantes et animaux. Il observe ainsi que “pendant la révolution néolithique, le processus de domestication des plantes et des animaux est également une domestication des hommes par eux-mêmes”.

En nous invitant à planter une graine et à construire une maison pour une plante, vous nous ramenez au fondement de cette relation entre humain et végétal, et nous invitez à la questionner.

Mathieu Pochon, ingénieur en environnement

  • A House for Plants

    Andreas Greiner and Takafumi Tsukamoto, A House for Plants, 2021